Ornitho-logis : nos voisins à plumes
Cette ville, autrefois inhabitable et hostile, je l’ai quittée depuis de nombreux printemps. Tout y paraît terne, morne, sans vie ; le goudron et le béton ont remplacé les espaces verts. Rien n’y pousse ni n’y prospère. L’Homme y règne en maître tout-puissant et destructeur, éradiquant le moindre végétal ou animal qu’il déclare nuisible. La ville est à son image, c’est-à-dire créée par et pour les Hommes. Où sont passés les fleurs qui coloraient les plates-bandes, les insectes qui volettent librement, les oiseaux qui gazouillent entre eux avec entrain ?
L’hiver a été rude ; heureusement, le soleil printanier pointe enfin le bout de son nez. Je suis à la recherche d’un endroit où nicher et m’occuper de mes futurs oisillons.
Certains aspects de cette ville sont restés les mêmes, d’autres ont changé. Le long d’un mur qui auparavant était gris et repoussant, un nouveau dispositif a vu le jour, à mon plus grand étonnement. On peut y observer des modules en céramique creux, où poussent des fleurs mellifères, riches en nectar. Les insectes pollinisateurs se délectent de ces plantes, tandis que plusieurs espèces d’oiseaux ont élu domicile dans les nichoirs accrochés au mur.
C’est comme si la ville vivait enfin. Les humains y habitent toujours, mais le printemps n’est plus silencieux comme avant : les oiseaux osent exister, leurs chants ne sont plus couverts par le bruit incessant des voitures.
Ce que je vous raconte ici, de mon point de vue de simple moineau domestique, c’est la description d’une ville qui paraît certes utopique, mais dans un futur assurément proche et atteignable. Humains et biodiversité peuvent tout à fait cohabiter en milieu urbain : faisons en sorte que cela soit possible en leur aménageant un espace dédié, en prenant appui sur le bâti existant.


Le projet
L’architecture en ville est, le plus souvent, pensée uniquement par et pour les Hommes. Et si nous y accueillions les oiseaux qui nous entourent ? Le déclin des oiseaux et des insectes est l’une des conséquences des activités humaines. En milieu urbain, nous cherchons à éliminer systématiquement toute forme de vie considérée comme « nuisible », en installant différents dispositifs : pics anti-oiseaux, façades rénovées dépourvues des anfractuosités où les oiseaux cavernicoles nichaient auparavant, ou encore produits phytosanitaires, véritables poisons à retardement. Les pesticides se révèlent en effet nocifs pour toute la biodiversité : les fleurs, les insectes qui les butinent, et finalement les oiseaux qui se nourrissent de ces insectes.
Nous oublions parfois que nous vivons avec des oiseaux en ville. Pourtant, l’accès à la nature est un besoin vital pour l’Homme et contribue à son bien-être. Selon de nombreuses études, les chants d’oiseaux nous apaisent. Pouvons-nous éviter que les printemps deviennent silencieux, comme le soulignait Rachel Carson, figure emblématique des débuts du mouvement écologiste, dans les années 1960 ?
Le projet « Ornitho-logis » cherche à exploiter la verticalité présente en ville, en particulier sur le bâti, afin de favoriser un cercle vertueux de biodiversité. L’idée a pris racine dans le principe des murs de biodiversité existants, à l’image de ceux conçus par Chartier Dalix ou du mur végétal du musée du quai Branly.

Chaque élément architectural a sa propre fonction : il est destiné aux oiseaux, aux insectes ou aux plantes. Inspirés des parements et des briques, ces modules s’accrochent aux murs à l’aide de crochets, ce qui évite de les abîmer. Le dispositif peut ainsi être facilement retiré et déplacé.
La céramique, matériau résistant et polyvalent, se prête bien à cet usage. La faïence, poreuse, retient l’humidité pour que le végétal prospère. Le grès, lui, résiste particulièrement bien aux variations de température : il n’éclate pas sous le gel hivernal et garde la fraîcheur lors des chaleurs estivales.







