Projet de diplôme, semestre 6
Reassemble
Aujourd’hui, l’industrie textile pourrait-elle être écoresponsable ?
Réussirons-nous à produire sans polluer ? Arriverons-nous à ne consommer que le nécessaire et à redonner de la valeur aux choses ? Comment exploiter de manière bénéfique pour l’environnement tous les déchets déjà présents dans le secteur textile ?
Reassemble les chutes pour faire de nouvelles matières.
Reassemble les techniques traditionnelles et les techniques écoresponsables actuelles.
Reassemble la valeur d’une technique et celle d’un nouveau matériau.
Reassemble les conséquences écologiques actuelles et une pensée du recyclage et du surcyclage.

Reassemble est une collection de matières écoresponsables créées à partir de chutes de tissu :
- les entremêlés : tricot de bandes de tissu blanc teintes en dégradé avec une teinture végétale ;
- les feuilletés : slashing de chutes de tissu de tailles importantes ;
- les superpositions : assemblage de chutes de tissu par des coutures.
Une mise en volume est ensuite possible à partir de ces textiles : les furoshikis Reassemble. Cette technique traditionnelle japonaise d’emballage ne produit aucun déchet, grâce à une mise en volume par recouvrements et par nœuds.

Les furoshikis Reassemble ne sont pas seulement des textiles d’emballage. Grâce à des techniques traditionnelles et numériques comme la pince, la découpe laser, le slashing ou des ennoblissements textiles de durcissement naturel, il est possible de développer des scénarios d’usage quotidien. Ces mises en volume peuvent protéger des objets fragiles, séparer un contenant en compartiments pour l’organiser, transformer un sac de courses en panier de rangement…

La toile de Jouy
1. Définition
La toile de Jouy est une toile de coton dite indienne (étoffe imprimée selon un procédé proche de la sérigraphie, à la manière des étoffes venues d’Inde). Elle représente des personnages dans des décors ou des paysages. Les dessins sont le plus souvent monochromes, rouges ou violets (aubergine) sur fond clair, mais peuvent se décliner dans d’autres coloris. Elle tient son nom de la manufacture Oberkampf, créée en 1760 à Jouy-en-Josas. D’autres manufactures, notamment à Mulhouse, ont également contribué à la renommée de cette étoffe, qui fait aujourd’hui partie du patrimoine textile français. La garance est le colorant d’origine utilisé par la manufacture Oberkampf.
2. Contexte
Ce type de toile fut créé dans les ateliers de la manufacture fondée en 1760 par Christophe-Philippe Oberkampf à Jouy-en-Josas, dans l’actuel département des Yvelines. L’emplacement fut choisi pour la présence de la Bièvre, dont les eaux se prêtaient au lavage des toiles. La manufacture devint rapidement l’une des plus importantes indienneries du XVIIIe siècle et a laissé son nom dans l’histoire des arts décoratifs. Sa renommée tient surtout à la variété de ses motifs imprimés, dessinés par des artistes reconnus comme Jean-Baptiste Huet. Ce que l’on appelle aujourd’hui toile de Jouy n’est qu’une petite partie de sa production : Oberkampf produisait aussi des tissus polychromes aux décors somptueux, témoins du goût de l’époque. Le terme n’est d’ailleurs pas une marque réservée aux tissus fabriqués à Jouy-en-Josas : du temps même d’Oberkampf, d’autres manufactures produisaient des tissus identiques, et le terme est devenu une sorte de nom générique.
L’impression se faisait d’abord en appliquant sur les toiles de coton préparées des planches de bois gravées et enduites de teinture. Dix ans plus tard, en 1770, les planches de bois furent remplacées par des plaques de cuivre flexibles, qui pouvaient être montées sur des cylindres : la production s’en trouva mécanisée et augmentée. Les toiles étaient étendues dans les prairies autour de la manufacture, plusieurs fois selon l’avancement de la production : après le lavage dans la Bièvre, après l’application des mordants, enfin après la teinture.
3. Le sujet
- Proposer une organisation de motifs à la façon d’une toile de Jouy contemporaine : en s’appuyant sur des problématiques du monde actuel (questions sociales, écologiques, politiques, humanitaires…), sélectionner un ensemble d’images.
- Produire des « saynètes » (motifs placés) monochromes à partir de ces images, en exploitant les principes et les codes de la toile de Jouy traditionnelle.
- Mettre en commun les motifs composés pour disposer d’une banque de motifs placés, puis construire individuellement un motif all over. Plus on exploite de saynètes, plus le motif est complexe, mais aussi dynamique et moins répétitif.
4. Recherches d’images

J’ai décidé de travailler sur la pollution des océans, car c’est un sujet actuel qui met en péril notre planète. Le principe de la toile de Jouy étant de représenter des scènes du quotidien, j’ai sélectionné différents objets, déchets et animaux présents dans l’océan, qui contribuent à cette pollution ou qui la subissent.
Les éléments sélectionnés ont été assemblés et dupliqués sur un format A3. Différents « pôles » de déchets se sont formés ; ils sont reliés entre eux par un même élément répété de façon vaguement linéaire (bidons d’huile, mégots de cigarette). Ces déchets qui relient les pôles sont les plus présents dans l’océan.


Une fois tous les éléments composés, un script à effet de gravure a été appliqué à l’ensemble dans Photoshop. Cela donne un rendu graphique contemporain à une scène actuelle : la toile de Jouy est modernisée par son sujet. Une couleur a ensuite été appliquée à l’ensemble des traits de gravure : le rouge garance, colorant d’origine de la manufacture Oberkampf. Pour terminer, le résultat a été utilisé comme motif dans Photoshop, afin d’obtenir un rendu aussi proche que possible de la toile de Jouy. Le projet pourrait être poursuivi jusqu’à l’impression sur tissu, ce qui relèverait du travail de texture.
Le monotype
Le monotype est un procédé d’impression qui permet d’obtenir un exemplaire unique. Il s’utilise principalement en noir et blanc, mais la couleur peut aussi être employée : des couleurs primaires comme le rouge ou le jaune peuvent par exemple remplacer le noir.

Federica Jeanne De Luca : le monotype permet d’obtenir un résultat unique. Cette artiste crée du mouvement grâce au monotype : la technique permet de figer l’instant présent et donc de capturer le mouvement sur une surface inerte. La création laisse aussi une place à l’aléatoire, car on ne peut pas prévoir le résultat : on peut essayer de paramétrer le protocole, mais il restera toujours des éléments incontrôlables.

Álvaro Pascual Bauzá utilise le monotype pour créer des imprimés. Il réalise son dessin sur papier, comme sur la photo, puis le numérise afin de l’imprimer sur des vêtements comme des tee-shirts ou des pulls. Réutiliser ainsi ses impressions va à l’encontre du principe du monotype, qui est de produire un tirage unique : l’artiste duplique ce rendu. Il modifie le principe de la technique pour n’en garder que le rendu visuel.
Lors de l’apprentissage du monotype, nous avons appris une technique principale, que nous avons pu modifier à l’aide d’outils choisis. La première étape consiste à recouvrir d’encre à linogravure une plaque de verre ou de plexiglas. Deux possibilités s’offrent alors à nous. Dans la première, on dessine avec un outil sur la plaque encrée, ce qui enlève de la matière à l’endroit du dessin ; on recouvre ensuite la plaque d’une feuille de papier et on appuie sur toute sa surface pour transférer le dessin. Dans la seconde, on recouvre simplement la plaque d’encre noire, puis on pose la feuille par-dessus ; cette fois, au lieu d’appuyer sur toute la feuille, on dessine au dos de celle-ci avec un outil. Cette technique procède par ajout de matière, l’autre par soustraction. On peut enfin mêler les deux techniques : c’est ce que j’ai choisi de faire.




Mon objectif était de ne me fixer aucune limite et de laisser les outils choisis me diriger. Mes actions n’étaient pas réfléchies : l’instinct me guidait, sans contrôle sur mes idées. Pour expérimenter, j’ai retenu deux outils : une pointe à embout arrondi et de la ficelle. La pointe m’a surtout servi à dessiner : son embout permettait d’obtenir des traits d’épaisseurs différentes, qui donnaient plus ou moins d’intensité à la couleur selon la force appliquée. La ficelle, je la coinçais entre deux couches (entre la plaque encrée et la feuille, ou entre la feuille et un poids), puis je la tirais. Ce procédé ne me permettait pas de contrôler le résultat, mais, au fil des essais, j’ai compris le système et pu obtenir différents rendus voulus. J’ai choisi la ficelle parce qu’on peut détourner sa fonction première (nouer, attacher, tendre…) : elle devient ici un outil de création graphique. Cet usage me permettait aussi de lâcher prise, sans aucune idée du rendu final.




Le fil comme élément principal de construction
Un vêtement est un ensemble de pièces qui composent une partie de l’habillement d’une personne. Chaque pièce est liée à une ou plusieurs autres afin de créer un volume global qui tienne et se porte (sa fonction principale étant de couvrir et non d’habiller).
Ces pièces sont liées par un élément commun : le fil. Il peut être épais ou fin, coloré, voire invisible, mais c’est lui qui permet la construction d’un volume textile.
Pour étudier ce principe de liaison, j’ai examiné comment un vêtement était construit et monté. J’ai pris une liquette, pièce récurrente de la garde-robe, et je l’ai entièrement décousue pour l’analyser. J’ai relevé les différents types de coutures utilisés, des accessoires comme les boutons ou les étiquettes, ainsi que les différents morceaux qui composaient ma chemise. À partir de ces relevés, j’ai établi une fiche technique qui donne un aperçu détaillé du vêtement une fois entièrement démonté.


Les coutures relevées ont pu être approfondies lors de la réalisation de différents types de coutures en atelier, mais aussi avec Caroline Roider, grâce à un travail de couture sur des courbes et des volumes. À partir de ces relevés, j’ai monté le patron de mon vêtement, en appliquant la méthode du relevé de patron apprise en atelier. Ces relevés papier me permettent d’exploiter mon vêtement dans des logiciels comme Seamly2D, pour présenter le patron en 2D, et Marvelous Designer, pour monter le volume textile en 3D.
Programmer le hasard
Une fois l’étude du vêtement effectuée et celui-ci déconstruit, vient le moment de le reconstruire. Pour définir quelle couture va lier quels morceaux, le hasard est convoqué à l’aide d’un dé et d’une boussole que j’ai fabriquée : un parallèle avec l’étude du dadaïsme en humanités et culture. Grâce à ces outils de hasard, des débuts de mise en volume apparaissent à échelle réduite. Les pièces sont toutes assemblées par une couture étudiée en cours, sur papier ou sur tissu (maquettes d’assemblage, rappel des coutures papier et tissu). Ce sont pour l’instant des expérimentations destinées à comprendre comment le fil se comporte en reliant différents éléments. Le mouvement du fil n’étant pas le même sur le papier et sur le tissu, j’obtiens deux axes pour poursuivre mes expérimentations.

Après l’expérimentation sur deux pièces vient l’expérimentation sur un volume complet, toujours à petite échelle (maquettes d’assemblage sur les petits mannequins, à l’échelle ½).
Mise en volume : de la 2D à la 3D
Lors du passage de la 2D à la 3D, plusieurs éléments ont modifié la structure de mon volume textile. Le changement de matière en est la cause principale : le papier et le tissu ne se comportent pas de la même façon. La rigidité du papier évoque la rigidification du tissu étudiée avec Géraldine Godas. Parmi mes maquettes à l’échelle ½, j’ai choisi celle qui présentait des éléments marquants (manche cousue au col, solidification sur le côté). Grâce au dessin d’étude de mon volume, j’ai ensuite placé les couleurs aux endroits voulus, en m’appuyant sur les cours sur le dazzle en culture textile : il s’agit de modifier la forme perçue par la couleur.


Mes dessins m’ont aussi conduite à mettre en avant un élément présent dans le vêtement étudié : les plis religieuse. Ces plis sont des embellissements du tissu ; je les ai travaillés en appliquant un contraste pour les faire ressortir et les rendre lisibles de loin. Avant de passer au tissu définitif, une réalisation en toile s’imposait pour régler les derniers détails et observer le rendu.
J’ai ensuite appliqué à mon volume textile la couture de ma chemise, une couture anglaise : le rendu est plus propre et l’intérieur du vêtement est caché, ce qui me permet de me concentrer sur l’extérieur. Enfin, pour pouvoir enfiler le vêtement, Caroline Roider et Mme Vallas m’ont aidée à créer une ouverture à boutonnière.


Pour terminer mes recherches avant la réalisation finale, j’ai réalisé ma tenue dans Marvelous Designer afin de visualiser les couleurs, la rigidification et les effets des différentes coutures.
