
Projet de diplôme
Les artifices du corps
Corps en (dé)tresse
Le corps nu est sans défense, en détresse face à l’adversité de la nature ; pour y remédier, nous le recouvrons d’artifices divers, adaptés à nos besoins. L’artifice est une pratique naturelle, culturelle et ancestrale.
La tresse est un artifice très ancien, le plus utilisé dans l’histoire de l’art de la coiffure. C’est une technique qui consiste à entrecroiser des mèches, des brins ou des fibres. Utilisée depuis le Paléolithique, représentée sur la « Vénus de Willendorf » ou sur « La Dame de Brassempouy », elle fait partie de l’histoire de l’humanité. C’est un procédé technique et culturel qu’on retrouve tout au long de l’histoire sous forme de coiffure, de bijou, de vêtement, ou encore de mobilier et de décoration.


La tresse possède toutes les caractéristiques de l’artifice : universelle et personnelle, elle tisse les histoires du monde. Dans la culture africaine, la tresse représente un héritage culturel ; elle est une distinction sociale, mais aussi un moyen de communiquer. Dans un autre registre, la tresse est en Europe une coiffure de jeune fille, mais aussi un ornement : elle représente une époque et un rang social.

J. D. ’Okhai Ojeikere, Hairstyle, 1963-1975, Nigeria.
Le projet « Corps en (dé)tresse » se positionne avant tout sur la technique du tressage. C’est à travers une gamme de déclinaisons que l’éventail des possibilités de la tresse est dépeint, selon trois grandes pistes de recherche utilisant chacune une technique précise :
- la tresse, qui questionne sa propre structure en déclinant les types de matières, les échelles et le nombre de brins ;
- la surface, qui traite la tresse comme un moyen d’entrecroisement (filet) et comme un moyen de recouvrir et d’orner une surface existante (passementerie) ;
- le volume, quand la tresse prend forme dans l’espace (construction textile, moulage, modélisation 3D).
Ces étapes de recherche ont révélé deux directions de création : des coiffes inspirées du vocabulaire formel des cultures zouloue et peule, et des parures qui empruntent les motifs d’ornement de l’époque victorienne.
Le projet questionne ainsi la tresse appliquée au corps, non seulement comme coiffure, mais comme matière à part entière. Le croisement du tressage et des techniques textiles, à l’image des mèches qui s’entrelacent, permet la mise en volume de la tresse. Il s’agit d’un nouveau type d’accessoire, destiné à accompagner et à modifier la silhouette. Ce réinvestissement de l’art de la tresse offre des déclinaisons presque infinies : la rencontre de deux univers, l’échange des techniques, des process et des outils de la coiffure et de la création textile, pour que coiffure et textile tressent de nouveaux liens et innovent ensemble.









